Le Parcours d’une voyante au XXIème siècle …

 

 
« Ce n’est pas un signe de bonne santé mentale
d’être bien adapté à une société malade. »
Krishnamurti

 

 

 

Avril 1983 – En ce temps-là, la voyance se nimbait d’une aura de mystère et la « bonne adresse » se confiait sous le manteau. Pour les hommes de cette fin du XXe siècle éclairés par l’essor des sciences et des nouvelles  technologies, le métier de « jeteuse de cartes »  ou de « liseuse dans le marc de café » faisait figure d’histoires de bonnes femmes et relégué d’une moue méprisante au rang des superstitions et obscurantismes d’un autre âge.

En ce temps-là, le téléphone à cadran en ébonite grise offrait une sonnerie stridente et son récepteur pesait une tonne ! Sur l’annuaire, la rubrique « voyance » n’existait pas … Les phénomènes dits paranormaux étaient discrètement étudiés au sein des très confidentielles sociétés  de recherches psychiques s’inscrivant dans la ligne spirite d’Allan Kardec dont le Livre des Esprits faisait office de bréviaire. Il était communément reconnu que les médiums spirites étaient de  ces êtres étranges capables de faire tourner les tables, de parler avec les morts, ou d’être possédés par l’esprit d’un défunt et prédire, sous sa dictée, l’avenir des vivants. Il était de bon ton de les classer, sans s’attarder, dans le fourre-tout des illusionnistes et autres mystificateurs.

En ce temps-là, si quelqu’un m’avait demandé quel crédit je pouvais accorder à ce genre de phénomènes, je me serais rangée au premier rang des sceptiques, voire des détracteurs.  Du reste, tandis que le « New Age » inondait les Etats-Unis et commençait à perler sur la vieille Europe, un courant sceptique féroce réunissant de préférence des prestidigitateurs, l’élite intellectuelle et des journalistes organisait la chasse aux sorcières, n’hésitant pas à user de campagnes de désinformation. Bizarrement d’ailleurs, il est à constater que l’on trouvait autant de fanatiques sans la moindre objectivité chez les adhérents que chez les sceptiques.
Lorsque la médiumnité vint me cueillir et bouleverser ma vie,(voir interview 1) j’ignorais tout de ces sujets et des furieux débats scolastico-cartésiens qu’ils avaient engendrés.

J’étais surtout préoccupée et époustouflée de découvrir, ressentir, expérimenter et explorer à chaque pas et à tâtons cet autre espace-temps dans lequel semblait s’inscrire et évoluer l’être humain, et que je ne savais exprimer et résumer qu’en évoquant l’image d’une spirale s’enroulant sur un axe vertical ressemblant à ceci :

Ou, plus subtil **, à cela :

Force me fut d’accepter, telle une évidence, que le temps ne saurait être linéaire, que les découpages calendaires conventionnels, certes utiles à l’organisation d’une vie en société, obéraient un autre concept de l’espace-temps que le voyant justement visite dans ses « espaces de lecture ». Chaque jour, je me suis enracinée dans cette vision d’un temps « spirale », évolutif et involutif, ouvrant à l’espace de lecture de la Mémoire , mémoire de nos hier mais aussi mémoire de nos futur, que celle-ci soit individuelle ou collective.

Que de mystères pour nos têtes si promptes à réfléchir …
Quelles révélations fulgurantes pour le médium ouvert au  » sous-venir » …
Alors, quelle est-elle cette mémoire ?
Serait-elle ce grand livre dans lequel tout aurait, de tout  temps, été consigné de l’aventure humaine ?
Serait-elle le « Par-Chemin » sur lequel l’homme réalisé a tracé le chemin de l’homme vers l’Homme, dans une distorsion temporelle ?
Serait-elle l’empreinte matricielle d’une permanence tandis que nous vagabondons dans la matière à la recherche de nous-même ?
De ce livre, s’il existe, en sommes-nous la plume, le papier, l’encre, l’auteur, le lecteur  ou l’archiviste et pourquoi pas le tout en même temps ?

 

 

En ce temps-là de mes premiers pas de jeune médium, dans l’ignorance du processus de  l’airvoyance, et me référant au dogme spirite, je ponctuais mes entretiens à coup de « on me dit »,ce qui laissait supposer la présence  d’esprits ou de guides comme autant d’êtres de conseil.  Ce « on » qui, en effet, nous vient si naturellement, naît de l’impossibilité pour le voyant de s’attribuer un pouvoir et une science quelconques. Il se sent et se sait « dans un courant », qui l’emporte vers et dans l’autre, tandis que se raconte, par bribes, les hier, aujourd’hui, demain comme si son œil piochait dans un livre !  Mon chemin fut  et reste de quitter tous les chemins, peut-être pour trouver et poursuivre le mien, peut-être parce qu’il est bon d’en ouvrir d’autres.
J’explorai donc ce monde vertical qui n’est rien de plus, rien de moins que la ligne  inspiratrice de tous les créateurs artistiques  qui, quelle que soit leur discipline, traduisent les sons et couleurs d’une humanité  une et multiple dans tous ses vécus, ses rêves, ses promesses et ses résurgences.

 

 

Émancipée du temps calendaire, la conscience du médium plonge au sein d’une vacuité   ans contrainte où les défunts, une fois le temps dissous, pourraient être tout aussi « vivants » que les enfants du futur :

mystère de la permanence.

 Il serait communément accepté que chacun de nous ait un guide, un ange gardien, bref, un être désincarné, ailé ou lumineux, assistant notre vie terrestre. Pourquoi pas. Néanmoins, mes méditations m’emmenèrent vers un Je souverain, un Maître Intérieur dont la voix forte et impérieuse parfois retentit, le temps de quelques mots d’une rare concision. Quand je l’entends, je ne lève pas la tête au ciel pour mieux percevoir, je l’incline vers la droite ***. Mais on peut toujours admettre, comme dans un hologramme, que  l’ange flotte dans un espace spirituel aussi invisible qu’inaccessible, inaccessibilité qui toutefois nous maintient en exil de nous-même. Ce qui me rappelle cette splendide strophe de Guénane Cade:

 

A force d’avoir perdu la parole, de nicher dans l’éternité des mots, la poésie s’étonne de sa propre voix.

 

Car la voix intérieure est bien là, tapie au tréfonds de nous-même qui préside aux grands tournants de nos vies. C’est à sa rencontre que je m’achemine chaque jour. Je sus alors que la médiumnité, pour être utile, pour nous permettre de grandir et de nous émanciper, se devait d’être  reliance. J’entends  par là qu’elle sensibilise à ce fil d’Ariane que peut suivre le consultant comme un tracé en  continu, intuitif, diffus mais bien,réel le reliant à son moi intérieur bien souvent ignoré.

Aujourd’hui, je serais formelle sur ce point : chacun de nous  rêve et écrit sa vie, une vie qu’il lui appartient d’accomplir en toute conscience (d’où les impressions de « toujours su » clairement perceptibles chez certains d’entre nous). Or, une grande partie de nos écritures reste enfouie dans des lieux de sommeil que la médiumnité se propose de décrypter. Elle n’est pas (ou plus) là pour prolonger la torpeur, elle se doit -les temps n’ont-ils pas changé ?- d’être un facteur d’éveil et de  responsabilisation de soi. Et si je rejoins  volontiers Jean-Paul Sartre  sur la justesse de cette remarque :

 

« Dans la vie, on ne fait pas ce qu’on veut mais on est
responsable de ce qu’on est »

 

je m’inscris plus profondément encore dans cette pensée d’Omraam Mikaël Aïvanhov :

 

« (…)  Chacun de vous est aussi un livre, un livre qu’il est lui-même en train d’écrire :
ses pensées, ses sentiments tracent les caractères
d’une écriture qui va se graver dans la matière de ses corps subtils.
Donc, devenir un livre vivant,
voilà désormais un travail pour vous. »

 

Adieu désormais aux vaines interrogations comme autant de freins.  La médiumnité se doit de favoriser une germination et ce fut Gitta Mallasz en personne qui me le souligna de sa main justement, affermissant mon pas, en m’offrant, complice et rieuse, son livre « Quand l’Ange s’en mêle » en 1992.

 

 

Aujourd’hui, quand un visiteur se saisit de crayon et papier pour prendre dictée de mes paroles, je l’en dissuade car la parole de l’un ne fait pas le chemin de l’autre et je  l’invite au partage , à « un pas de deux » subtil et profond, confiant et respectueux afin que cette rencontre soit tremplin, au-delà des simples prédictions, à une nouvelle dynamique de vie, une émergence, une affirmation et une réalisation de lui-même.

Sans cette dimension, la clairvoyance pourrait bien être pernicieuse en nous enfermant dans une attente passive et fataliste événements décrits comme autant de scènes ponctuelles, sans légende et sans lien, cartes postales énigmatiques suspendues à la corde du temps et qui nous laisseraient dans une interrogation plus grande encore.
9 juin 2009 Et tandis que je transmets ces quelques mots sur le clavier, il me vient, dans un chuchotement :

 

« Une harpe dont un souffle inspiré fait vibrer les cordes et voilà une humanité en marche ».
Françoise

 

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