La Vouivre

Mais où ai-je la tête si ce n’est dans le vent
Baroudeur, bateleur ou bien prince mendiant
J’ai planté dans la glaise mes rimes souterraines
Et semé d’éphémères les allées d’un jardin
J’ai appelé les sources et capté les rivières
Suis devenue la pierre qui borne ton chemin

 

Comment suivre ma route si ce n’est dans le vent
Pour caresser les cœurs et les rêves d’enfant
J’ai pisté, n’en déplaise, par les champs et les plaines
Nos parfums doux-amers, nos ondes tambourin
J’ai chanté, dans ma course, un couplet de prières
Suis revenue aux temps des sorciers magiciens

 

Où donc serait mon cœur si ce n’est dans le vent
Mon bonheur ta demeure là d’où vient l’océan
J’ai filé à l’anglaise vers des terres lointaines
Enivrée de chimères, de fous rires palatin
J’ai marié, dans l’embrun , genêt d’or et bruyère
Suis attendue au port comme serait un marin

 

Comment bercer mon âme si ce n’est dans le vent
Elle qui vient d’un Ailleurs qui s’appelle Maintenant
Est-elle née irlandaise quand j’habite en Lorraine
Sauvegardée d’une mère, fruit d’amour libertin
J’ai griffonné au Grimoire ce que devient la Terre
Suis bienvenue demain au Pays d’où je viens.

 

Mais où vivrait la pierre si ce n’est dans le vent …
«Faut-il devenir roi, seigneur ou fainéant
Pour voler à ton front la pierre rouge du sang ? »