Un homme va naître et, avant de descendre sur la terre

Il jette un dernier regard

Sur le monde qu’il va quitter

Vers le monde où il va entrer

Et la voix du Père dit à l’enfant

Au dessus de ce que tu vois

Est ce qui est

En dessous de ce que tu vois

Est ce qui est

Ce qui est baigne et s’abrite

Dans l’innéfable humilité de l’univers,

Là où le vide chante le plein

Là où le plein épouse le vide

Dans l’absolue nudité du non-dit

Et la voix du Père dit à l’enfant

Il te faut apprendre à respirer les parfums de ton être

Comme une fleur que tu écraserais dans ta main

Dégage alors des senteurs de plus en plus fortes

Toi aussi, ainsi tu es … dans l’extraction lente de ton essence

Un enfant va naître et le père dit à l’enfant

Il te faut apprendre à marcher

De cette marche aveugle mais confiante, chaotique mais … élancée

D’un enfant à ses tout premiers pas

Regarde! Il ne tourne pas la tête en arrière

Il n’a pas le souvenir

Il lève les yeux et les bras vers le ciel

Cherchant là, justement, l’équilibre qu’il appelle

Ces premiers pas bien hésitants sont le début du voyage vers l’Homme

Et le père dit à l’enfant

Il te faut approcher la vérité

Elle est dans ton regard profond

Un arbre, une fleur, un oiseau …

Sauront te retracer le secret de son mystère

L’homme a fait beaucoup pour que la vérité devienne mystère

Ne t’abreuves pas à toutes les sources que rencontrera ton chemin

Tu es source

Tu es source, tu es résurgence de vérité

Certains êtres parlent vrai d’une vérité qui est la leur

Et que tu ne saurais atteindre

Cette vérité, si tu la prenais en ton coeur en leçon apprise

Pourrait devenir poison en ton sein

Et le père dit à l’enfant

Il te faut apprendre à briller

Pour cela, fais toi étoile

Comme elle, laisse écouler de toi la lumière

Laisse la s’écouler

Au-delà du temps et de l’espace compté des hommes

Et tu seras phare dans la nuit pour laisser l’espérance

Tu t’effaceras au jour de clarté et, toujours, devant le soleil

Tu devras t’éclipser

Sois bonne étoile, sois la chance de tes frères

Et le père dit à l’enfant

Il te faut apprendre à aimer. Aimer …

Mais ce mot court sur toutes les bouches

Obstrue toutes les têtes là où tu vas

Ne retiens de ce mot que son unique chant

L’amour, c’est la langue des anges, c’est la musique de l’âme

Et tu rencontreras un jour, l’être qui met son coeur dans un regard

Et un regard dans son coeur

Ce jour-là tu chanteras ta vraie nature

Ce jour-là tu comprendras

Tu auras grandi

Et le père dit à l’enfant

Quand l’amour aura effleuré les pétales cristal de ton coeur

Ce jour-là, ta main saura donner, ta main pourra donner

Et tu vivras dans le don

Tu vivras dans le don comme un poisson nage et vit dans la rivière

Comme un poisson nage … et vit … dans la rivière

La rivière pourtant ne lui appartient pas

Ainsi en va-t-il du don

Sois poisson dans le fleuve, sois richesse pour ton frère

Et le père dit à l’enfant

En ce moment-là, ta vie d’homme aura atteint sa raison d’être

La tâche est remplie: il te faudra apprendre à mourir

Enfant, tu es éternel et cette éternité ne se voit qu’en lumière

Simplement ce jour-là, je reviendrai

Je reviendrai te dire en silence le sens de ta marche

Je reviendrai en silence affirmer ta vérité

Je reviendrai en silence adorer l’étoile

Te faire vibrer d’amour et te faire don … de la vie

L’homme est le livre du monde,

L’homme est le livre du monde  …

Dans la musique redécouvre l’ancien alphabet

Dans le mystère de ton coeur, prends conscience de l’univers

Cherche ta note et deviens symphonie

L’homme est un initié qui s’ignore et qui s’espère

Il détient toute connaissance sans oser la déchiffrer

Son père pourtant lui a tout donné

Qui le tient vivant dans son souffle, le nourrit de sa lumière

Alors enfant, prends garde

Tu as oublié le mot de ta naissance

Tu as oublié la musique de ton âme

La puissance de l’esprit qui vit en toi

Rebrousse chemin, enfant

Rebrousse chemin et reviens en toi-même

Reviens en toi-même profond … profond … profond …

Reviens en toi-même et redécouvre …

Le chant oublié