Au fil d’une vie …

(interview réalisée par L. Léotard, journaliste, May 2003)

Lydie L : Avez-vous vécu une enfance qui laissait présager de votre don médiumnique ?

Indéniablement.
Je  me revois à 7-8 ans, petite fille solitaire, rêveuse et sauvage, capable durant des heures de parler aux fleurs, aux arbres, aux animaux. Les félins du quartier le savaient qui, à la sortie de l’école, attendaient, plus galeux les uns que les autres, mes caresses et surtout mes morceaux de chocolat blanc.
Rêve, vision ou imagination ? Comment aurais-je pu ou su faire la différence à cette époque? Je me voyais toujours avancer sur un chemin tout blanc. Profondément enfouie et ancrée dans la Terre, une immense tortue soutenait mon pas, me portait sur son dos tandis que, bien au-delà de la cime des arbres, invisible à tout autre oeil que le mien, dans un alignement parfait, volait un grand aigle. Les .enfants ont cette capacité du rêve éveillé, sans frontière et sans frein, ainsi accèdent-ils au langage symbolique tout en suçant encore leur pouce. Ce langage ne m’a plus quitté, tout simplement

Estampe de Hiroshige

Fascinée par les aimants et les labyrinthes, je passais le clair de mes « jeudi » à tenter d’en percer le mystère, délaissant les poupées et dévorais, à l’âge de la bibliothèque rose puis verte, l’ancien et le nouveau Testament que je connaissais par cœur.
Intuitive, certes je l’étais et pensais que cette manière silencieuse, intérieure de « sentir » ou »savoir à l’avance » était commune à tous. Je n’en parlais donc pas : parle-t-on des évidences ? Quelques années plus tard, deux incidents douloureux allaient, chacun à leur manière, déployer et par là même révéler mes capacités de clairvoyance et même si je répugne à les citer encore aujourd’hui, leur évocation est nécessaire car ils revêtent un caractère clairement initiatique.
Le premier se déroule durant mon année de Maîtrise de Lettres : sans aucun signe clinique préalable, je m’effondre au cours d’un repas entre étudiants. Tandis que mes amis s’empressent à secourir mon enveloppe corporelle (syncope prolongée avec cyanose spectaculaire), je me sens, me vis comme précipitée dans un tunnel genre toboggan à grande vitesse (un autre TGV !)  qui épouse scrupuleusement la ligne de la colonne vertébrale : course lumineuse, vertigineuse durant laquelle je me sens aspirée vers l’infini. Consciente de vivre ma mort dans une parfaite lucidité,  je  lutte pour revenir et … reviens au terme d’une sorte de coma aussi subit qu’inexplicable : un premier « pont »est établi, une « porte » s’est ouverte.
Le deuxième incident s’apparente davantage à un renoncement prenant la forme d’un chagrin d’amour ; rien de plus banal en somme mais chez un être dont la sensibilité est aussi exacerbée, la profonde douleur de la rupture équivaut à une véritable implosion :  dans le tréfonds de l’être, un voile devenu plus fragile que la plus fine fontanelle se déchire.  Et c’est une seconde mort, mais une renaissance  aussi.
Dès lors, les phénomènes de clairvoyance déferlent sans avertissement, sans protocole, me laissant, en tant que dépositaire novice, quelque peu désemparée et très interrogative face à un monde jusque-là inconnu et dont je venais, bien innocemment de franchir la porte : le monde de la voyance et des médiums.

Pour une cartésienne érudite, intellectuellement forgée au moule universitaire, campée sur des convictions pragmatiques, se découvrir Cassandre ou Pythie des temps modernes engendra un profond bouleversement de vie et combien d’interrogations sur l’étrange et toujours inexpliqué phénomène que nous appelons voyance.

Le fil d’Ariane

Lydie L : La voyance est-elle un don ou peut-on apprendre à développer des facultés pré cognitives ?

Au regard de ma biographie et de celle d’autres authentiques voyants, cette capacité serait une disposition particulière de l’être humain émergeant suite à une ou plusieurs lourdes épreuves de vie, lesquelles ont porté atteinte au processus vital. C’est un peu comme si le médium ouvrait une brèche vers d’autres plans de conscience lesquels vont devenir ses « lieux de lecture ». Certes, un voyant peut affiner ses facultés par une discipline de vie car il s’agit surtout de faire « le vide », de se dissoudre en quelque sorte, rejoignant sensiblement le processus de la méditation bouddhique. Le voyant exerce ce que l’on pourrait exprimer comme un « non vouloir », « un laisser faire » afin de mieux laisser filtrer des informations visuelles, auditives, sensitives.
Apprendre  est tout autre chose car apprendre présuppose un désir, une volonté tendue vers un objectif, une activité de type cérébral. A contrario, « le phénomène voyance » survient quand et parce que la pensée et la volonté ne sont plus et que le voyant s’est fait réceptacle pour mieux recevoir. Ce chemin intérieur exclut toute démarche intellectuelle et volitive : il serait donc bien incongru, par définition, de se lancer dans un quelconque apprentissage en la matière, à moins de se contenter de simulacres, très à la mode actuellement.

 

Lydie L : Qu’entendez vous par lecture ? Auriez-vous accès à une sorte de  « livre du destin » dans lequel serait inscrit notre chemin de vie ?

Oui et non.

J’ai fréquemment, en début d’entretien, cette
image symbolique d’un livre qui s’ouvre, comme une trame recélant ce que
j’appelle volontiers « la mémoire du futur »dont le consultant est le
véritable auteur même s’il en ignore le contenu, contenu que le voyant
justement s’emploie à déchiffrer. Parfois, le consultant en possède une
certaine prescience quand il me rétorque :

« C’est troublant, j’ai l’impression que tout ce que vous me dites là, je l’ai en moi, comme si je l’avais toujours su ! »

L’entretien de voyance s’apparente à une mise en lumière de nos projets en gestation, une transposition de l’invisible dans le visible, de l’inconscient vers le conscient, susceptibles de faire émerger nos potentiels  et  d’exorciser tout ce qui retient (freins, peurs, doutes et cætera), de véritablement libérer,  affirmer et affermir le consultant. Mon bonheur, ma vraie récompense est de m’entendre dire :
« En vous quittant, je me sentais des ailes et l’impression de m’être délesté d’un énorme poids « 
Ou encore
« Ce ne sont pas tant les événements à venir qui m’importent finalement  mais  la paix, la force et la confiance que je recouvre. »

D’autant que je suis loin d’être une voyante « bonne commerçante »! trois mots, du reste, que j’estime parfaitement antinomiques et incompatibles : les vrais voyants ne sont pas des vendeurs de rêve et ne font pas commerce justement de la crédulité, des espoirs et-ou des angoisses des autres. D’ailleurs, ils ne s’enrichissent pas !

 

Lydie L : Vous êtes clairvoyante et clairaudiente. Qu’est-ce à dire ?

Communément définie ainsi dans les dictionnaires, la clairvoyance est une faculté permettant de percevoir, en dehors des cinq sens connus, objets, personnes, événements  appartenant indifféremment au présent, au passé ou au futur. Cette perception se traduit à travers des représentations visuelles mais aussi à travers des impressions auditives (clairaudience).
Ajoutons simplement que la clairvoyance fait référence à une divination  intuitive, « inspirée » afin de la distinguer de la divination inductive qui nécessite l’utilisation d’un  support .
En effet, je n’utilise généralement pas de support, ou plutôt, la personne consultante est un support en elle-même. Une fois plongée dans un état modifié de la conscience, des informations me parviennent sous des formes finalement très diverses : images, symboles, dessins, schémas, petites scènes de vie, ourlés de mots-clés, de noms de villes parfois, de prénoms, de petites phrases, d’astuces linguistiques amusantes parfois car l’humour, ce qui ne gâte rien, est rarement absent de mes entretiens.

 

 

Notez au passage que pour être talentueux, il est bon pour un voyant de posséder une solide culture générale et un vocabulaire étendu car il peut tout aussi bien feuilleter et commenter virtuellement une page de thèse de doctorat que pénétrer par l’esprit, l’heure suivante, dans un atelier équipé de machines hydrauliques, ou dans un bureau d’études ! …
Je me surprends  parfois à adopter le vocabulaire usuel du consultant, voire son jargon professionnel dans un mimétisme assez  époustouflant  ou encore reproduire, mot pour mot, une conversation qui s’est tenue ou va se tenir entre deux personnes.

Si le courant passe mal  avec un consultant, que je rencontre quelques difficultés à fixer et exprimer les images dans ce vide vertical dans lequel je me tiens, je n’hésite pas alors à utiliser un tarot (le Grand Eteilla) pour dynamiser l’échange. Il ne s’agit pas d’interpréter les lames du tarot selon une convention pré-établie (ce que ferait un tarotologue) mais de parvenir à la concentration optimale que  l’échange direct ne permet pas pour diverses raisons.

 

Lydie L : Pouvez-vous dater les informations que vous transmettez ?

Par clairaudience, certains âges atteints ou à atteindre me sont parfois communiqués comme autant d’étapes ou de tournants importants ou décisifs dans la vie du consultant. Il s’agit là de repères car l’âge indiqué est très souvent intérieur,  psychique. En clair, la maturation d’un projet est plus repérable que la période exacte de son émergence dans le monde matériel.

J’ai remarqué, au fil de l’expérience, que je pouvais situer le temps d’un événement si celui-ci fait l’objet d’un enregistrement officiel : contrat de travail, acte notarié, création de société et cætera. L’erreur est néanmoins toujours possible. Je me souviens avoir prédit à une relation amicale l’acquisition ferme d’une maison dans la première semaine d’août.C’était vrai mais ce fut le mois d’août de l’année suivante !

Par ailleurs, on peut apprécier, au jugé et donc sans garantie de justesse absolue, le temps écoulé ou susceptible de s’écouler entre le moment de l’entretien et un événement prédit. Les évènements révolus sont plus aisément repérables et rarement soumis à l’erreur. Les évènements à venir sont soumis à des fluctuations d’origine diverse, certains sont « flottants, » comme s’ils étaient simplement en promesse et quasi impossibles à apprécier d’un point de vue temporel, ce qui me fait dire parfois au consultant  tout étonné :

« Le temps, c’est vous ! ».

D’ailleurs, depuis et avec Albert Einstein, certains scientifiques s’attachent à penser que ce n’est pas le temps qui se déplace, mais l’homme qui se déplace dans l’espace à un rythme donné.  Il lui suffit donc d’augmenter ou de diminuer l’espace entre les objets, ou encore sa propre vitesse de déplacement dans l’espace, d’un objet à un autre, pour modifier le temps. Je partagerais volontiers cette approche, si tant est que l’on puisse l’appliquer à une échelle individuelle. Je souris même à l’idée que certaines consultations sont de véritables  accélérateurs dans la vie d’un consultant.

En fait, dans l’expérience quotidienne du voyant, l’espace-temps linéaire relève de la simple convention et n’existe pas fondamentalement (cf. Mémoire d’une âme, F.D.Conseil). L’espace-temps  tel que le vit le clairvoyant est exprimé avec justesse dans le livre de la Nature de  Mikaêl J. Roades qui nous confie :

 

« L’espace-temps est compliqué. Il n’existe pas, et pourtant il existe. La notion de temps change selon ton expérience. Dans ton monde physique, le temps est continu. Dans le monde de l’expérience intérieure, il n’existe pas. Futur… présent… passé… ne font qu’un. Ce ne sont que des positions différentes dans le même cycle du Présent. »

 

Lydie L : A certains moments, nous orchestrons les évènements de notre vie par des décisions personnelles réfléchies et librement choisies. À d’autres moments, tout au contraire, nous  pouvons être conduits  à  subir des situations contre lesquelles on ne peut rien faire. FATALITE et LIBRE-ARBITRE sont-elles deux notions compatibles au regard d’un voyant ?

La majeure partie de nos actes dépend, et je rejoins en cela la psychanalyse, de nos prairies inconscientes et non de notre volonté  cérébrale consciente. Aussi, combien de fois ai-je constaté qu’une personne semble subir un événement qu’elle a, de long temps, lourdement programmé dans une forme inconsciente (par exemple subir une demande en divorce après un « auto sabotage » plus ou moins  ignoré de sa  vie de couple) :

La lecture du voyant peut mettre en lumière ce processus inconscient et constituer tout autant un avertissement qu’une invitation à la réflexion, à la prise de conscience justement et à une responsabilisation.

Et puis, tout n’est pas écrit de façon indélébile. Parfois, le consultant est à la croisée des chemins et des alternatives apparaissent clairement. Un entretien de voyance ne se borne pas à dérouler la « bande-annonce » du film de votre vie mais, fort heureusement, à mettre en exergue, le cas échéant, les obstacles, les pièges possibles, les erreurs et  les possibilités de les contourner ou de les amoindrir. Et de ne pas manquer de dire, pour inviter le consultant à « corriger le tir » :

 

« Je vous en prie, faites-moi mentir ! »

 

Par ailleurs, certains évènements surviennent sans que rien ne puisse le laisser présager : Providence ou fatalité, suivant la coloration de l’événement, échappe à notre gouverne.

La lecture par le voyant de ce type d’évènements permet, par anticipation, de s’y préparer et d’optimiser les  situations favorables, ou minimiser, autant que faire se peut, les difficultés issues d’un événement fâcheux.

L’exercice du libre-arbitre ne se résume pas à « choisir » un métier, une épouse, une maison et caetera, mais aussi dans l’art de traiter intelligemment un évènement  par une bonne analyse des situations et de bonnes  prises de décision.

Car « choisit-on » vraiment ?

 

Cette épineuse controverse mettant en balance libre-arbitre et prédestination a imprégné ma vie à plus d’un titre. En effet, mes études universitaires inévitablement allaient me mener au professorat (que j’exerçai d’ailleurs quelques années) mais les poèmes que j’écrivais à 12 ans parlaient déjà de la voyante et de la communication avec un au-delà symbolisée par l’aigle de mon enfance. Je n’ai jamais choisi d’être voyante, cela s’est imposé un jour tout en ayant de tout temps fait « partie de moi ». J’ai dernièrement rencontré un ancien agrégé de Lettres devenu acteur au beau milieu de sa vie ! Car la vocation, voix et rêve intérieurs, se révèle bien plus puissante que le moule socio-éducatif.

C’est pourquoi je penche (et je me penche) volontiers vers un JE intérieur présidant à l’écriture de notre vie terrestre, exerçant une volonté souveraine fort éloignée parfois des  souhaits-désirs conscients autour desquels nous polarisons notre vie, un JE qui est encore nous-même.

En résumé, la divination, à mon sens, ne s‘inscrit pas dans un fatalisme passif. Bien au contraire, c’est une tentative humaine de maîtriser son destin, de contrôler sa vie parce que :

 

« Les étoiles mènent peut-être les hommes, mais le sage dirige son étoile ».

 

Lydie L : Avez-vous, au-delà des destins individuels, accès à d’autres informations plus générales ou spécifiques ?

Je ne verse pas dans l’horoscope national ou international, si c’est cela que vous voulez dire. La raison en est simple : nous sommes « abreuvés » d’informations lesquelles polluent l’espace de lecture du voyant. Un solide géopoliticien, un économiste perspicace, un historien observateur peuvent  tout aussi bien prévoir les grandes tendances annuelles dans la continuité de ce qui précède.

En revanche, si un consultant a en charge des responsabilités élargies, à travers lui, un voyant, tout naturellement, accède à des informations tout aussi élargies.  C’est ainsi qu’il est permis, avec la même aisance,  d’accéder au monde des affaires, de la politique, des finances ecoetera à condition d’allier
talent, culture, intelligence et discrétion …

Je rebondis également sur votre question pour évoquer, même brièvement, trois autres brèches qui me furent données à franchir :

La première est de percevoir les auras et de ressentir la vibration des çakras, ce qui permet de déceler d’éventuelles anomalies dans le champ énergétique de la personne et d’y remédier par un ré harmonisation « magnétique ».La seconde remonte aux tout premiers mois de l’année 1990 durant lesquels, dans un état de conscience particulièrement « dilaté », j’ai transcrit sous forme de poèmes lyriques des textes de nature prophétique.  Le don prophétique peut être interprété d’ailleurs comme une vision directe des archives de la Nature au même titre que le don de clairvoyance est une vision directe des archives d’un individu ».

La troisième, tout aussi inattendue, me fut offerte, et se répète désormais régulièrement  lors de mes visites chez une amie qui se passionne pour les chevaux pur-sang et en fait élevage. Ces merveilleux animaux, à plusieurs reprises, ont eu recours à mes facultés médiumniques pour passer un message. L’information m’est transmise sous forme d’une certitude qui m’envahit : à chaque fois, il fut question d’alerter d’un danger sérieux encouru par l’un ou plusieurs d’entre eux, rien de moins.  Et il me plaît à dire, sous forme de boutade, mais rien n’est moins vrai que :

« Chez moi, ce sont les chevaux qui  murmurent à mon oreille »

Âmir, foal 2010

Comment savent-ils que je suis réceptive ? Par cet instinct primordial auquel l’homme ne sait plus vraiment répondre ? Peut-être. Mais depuis, la brèche étant ouverte et le chemin tracé, cette faculté de communiquer  avec la conscience animale s’est étendue aux races domestiquées et il n’est pas rare, désormais, que l’on me consulte à leur sujet.